Energie. Nuisances, rentabilité incertaine...
le consensus se fissure.
Aux Pays-Bas, les éoliennes sèment aussi la grogne
Par Sabine CESSOU
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mardi 04 octobre 2005 (Liberation - 06:00)
Les éoliennes ne séduisent plus les Néerlandais. Comme
en Allemagne, où la grogne monte, ces pylônes blancs surmontés
d'immenses hélices commencent à taper sur les nerfs des riverains.
L'association Windhoek, entre autres, proteste contre les dégâts
provoqués sur le paysage, mais aussi sur les porte-monnaie. Car la valeur
des habitations avoisinantes chute invariablement dès qu'une nouvelle
«ferme à turbines» apparaît. Ces dernières années,
les éoliennes ont poussé comme des champignons aux Pays-Bas, passant
de moins de 500 en 2000 à près de 1 700 aujourd'hui.
Compensations. Première nationale : le 31 août, un habitant de
Delfzijl, dans le nord du pays, a obtenu une réduction de 30 % de ses
impôts locaux par décision de justice, en guise de compensation
pour les nuisances provoquées par 34 turbines installées à
moins de 3 kilomètres de chez lui. Alors que Windhoek milite pour que
ce verdict fasse jurisprudence, le consensus national sur l'énergie éolienne
se fissure aussi à La Haye.
Un avis défavorable a été émis le 20 septembre par
le Bureau central de
planification (CPB), un organisme gouvernemental, sur la poursuite d'un vaste
programme off-shore engagé par le ministère de l'Economie. En
pleine mer du Nord, 30 nouveaux parcs éoliens devraient entrer en activité
entre 2008 et 2020, pour satisfaire 15 % des besoins des ménages en électricité.
Au large des côtes, ils auraient le mérite de ne plus gâcher
la vue, mais voilà, leur gestion n'est pas «viable économiquement»,
affirme le CPB.
Selon ses experts, l'énergie éolienne ne peut pas être rentable
avec un baril de pétrole atteignant 25 à 35 dollars en moyenne
une hypothèse basse que n'ébranle guère l'actuelle
flambée des cours (à plus de 65 dollars le baril).
Selon les différents scénarios étudiés par le CPB,
l'énergie éolienne ne
deviendrait rentable que si le baril de brut devait coûter durablement
60 à 70 dollars, sur toute la période 2010-2040. Une hypothèse
jugée «peu vraisemblable» dans la mesure où «l'offre
et la demande vont s'ajuster», assurent les experts. «Jusqu'à
2040, la taille des réserves pétrolières mondiales sera
plus que suffisante, même si la consommation quotidienne augmente de 50
%, pour dépasser 155 millions de barils par jour», conclut le CPB.
«Pas prouvée». Pour le gouvernement, le report du programme
éolien off-shore ou son plus grand étalement dans le temps, jusqu'à
2030, ne s'annonce pas trop problématique. Jusqu'à présent,
seuls deux permis de construire ont été octroyés. Pour
l'un de ces chantiers, situé à Egmond aan Zee, le groupe pétrolier
Shell et la société nationale d'électricité Nuon
vont recevoir 350 millions d'euros de subventions de l'Etat néerlandais.
Ce mode de financement fait grincer au Parlement. «Les parcs éoliens
vont coûter 10 milliards d'euros de deniers publics dans les quinze prochaines
années, pour une rentabilité qui n'est pas prouvée»,
proteste Jos Hessels, député du Parti démocrate-chrétien
(CDA), au pouvoir. Pour le député, les subventions devraient être
liées pour chaque projet à des conditions d'innovation technologique,
en vue d'une meilleure rentabilité.
«D'autres technologies sont plus compétitives», affirme par
ailleurs l'élu, que les dernières tendances ne démentent
pas : si les énergies renouvelables ont satisfait 6,4 % de la demande
en électricité des particuliers aux Pays-Bas au premier semestre
2005, contre 3,8 % en 2004, cette envolée ne provient pas des éoliennes,
malgré leur multiplication, mais de l'incinération plus systématique
de la biomasse dans les centrales électriques.