VEULETTES-SUR-MER (Seine-Maritime), 22 juin 2007 (AFP) - L'enquête
publique pour le premier parc éolien français en mer,
qui doit voir le jour fin 2008 au large de Veulettes-sur-Mer (Seine-Maritime),
a débuté sans déchaîner les passions, face
à la seule opposition des pêcheurs locaux et d'organisations
écologistes nationales hostiles à cette énergie.
Sur le front de mer envahi ce jour-là par la brume, Guy Legrand,
le maire UMP de Veulettes-sur-Mer, tente de dessiner avec sa main pointée
vers le large l'endroit où s'élèveront ces éoliennes
à 7 km environ de la côte.
"Il ne faut pas le nier, on les verra, mais comme pour le viaduc
de Millau on peut penser qu'une fois construites, elles rallieront leurs
détracteurs", assure-t-il.
Une dizaine de jours après l'ouverture de l'enquête publique,
le 9 juin, seules quatre personnes ont consigné des remarques
sur le registre déposé en mairie. L'une salue par exemple
"un projet non-polluant ne dégageant pas de CO2", tandis
qu'une autre estime que ces éoliennes vont "défigurer
la baie".
Le conseil municipal s'est prononcé à l'unanimité
en faveur de la construction par l'Allemand Enertrag de ce parc qui
comprendra 21 éoliennes d'une puissance totale de 105 mégawatts
pour un coût de 300 millions d'euros.
"J'étais pour la centrale nucléaire qui a été
construite juste à côté à Paluel, je suis
pour l'éolien parce que les réserves de pétrole
sont limitées alors que le vent lui sera toujours là",
dit Guy Legrand.
Le maire espère que ces éoliennes en mer attireront des
touristes pour leur côté spectaculaire et n'est pas insensible
aux retombées du projet sur les finances communales. Au total,
la taxe imposée sur une telle installation off-shore s'élèvera
à 1,2 million d'euros qu'il faudra toutefois partager entre les
huit communes d'où elles seront visibles et les usagers de la
mer, à commencer par les pêcheurs.
Ces arguments sonnants et trébuchants n'ont pas convaincu
ces derniers qui voient dans le projet une nuisance supplémentaire.
"Il existe déjà suffisamment d'obstacles à
l'exercice de notre profession dans ce secteur avec la réglementation
européenne, les centrales nucléaires et les câbles
sous-marins", dit Yannick Pourchaux, président du Comité
local des pêches de Fécamp.
Il craint en particulier "les perturbations magnétiques"
qui risquent d'avoir un impact sur les migrations de poissons. Mais
il doute aussi de l'intérêt de l'éolien, "une
pompe à fric sans intérêt pour la nature et destinée
à faire plaisir aux lobbies européens".
Cet argument est repris par la Fédération pour un
environnement durable qui n'a pas d'antenne locale mais dont le président
Jean-Louis Butré est vivement intervenu lors d'une réunion
à Veulettes pour contester le projet.
"Le programme éolien français, c'est de la folie
furieuse. Quand on aura construit 10.000 éoliennes et mité
le paysage, on économisera 0,3% de nos émissions de gaz
à effet de serre et encore, ce n'est pas sûr", assure-t-il.
L'enquête publique doit se terminer le 13 juillet. Si le calendrier
est respecté, la construction du transformateur à terre
et la pose des câbles électriques seront achevées
au printemps 2008. Et la première éolienne pourrait tourner
en décembre 2008.
Quelques kilomètres plus au nord, au large du Tréport,
un projet d'une toute autre ampleur est porté par la Compagnie
du vent. Mais les autorités sont réticentes à accorder
leur feu vert à ce parc qui compterait 141 éoliennes en
raison de la présence de munitions dans la zone.